( Extrait du livre de François Solesmes écrit après la mort de sa compagne, la toute jeune poète Mireille Sorgue)
...D'autres portèrent le langage à son point extrême de tension, le soumirent à une charge explosive, le convertirent à l'éclair ou au diamant. Mais qui, mieux que toi, sut l'engager si avant dans la chair sans qu'il y perdît sa grâce et sa race? Qui l'aura ainsi mené à la fête, nu et paré, tout animé de l'impatience de se muer en quelque danse drapée - pavane ou menuet ?
Choisissant d'instinct les mots à la plus belle maturité, les agençant avec un rare sens de leurs secrètes accointances, tu redonnais à toute chose son identité - insoupçonnée d'elle-même (...)
Aucune grâce ou joliesse dans ta louange qui pût rattacher l'amour à un divertissement à fleur de chair. Parce que nous le vivions comme une insurrection de tendresse, une irrémédiable dépossession - la vie, la foudre l'emportant le plus souvent- c'est à voix farouche que tu témoignais le plus souvent. (...)
Au vrai tu n'aurais su parler de l'amour autrement que dans l'ordre du poétique, d'une voix à jamais marquée par le sacre du plaisir, si bien que l'amour et la poésie se faisaient mutuellement leur lit, et que nous ne les distinguions pas, sachant leurs affinités et leur commerce....
François Solesmes " L'amante"
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