Je ne sais plus ta voix
mais je sais qu'à nos soirs
tu tressais tes sourires.
***
Tu reprisais les cieux d'orage
avec des fils multicolores,
tissant la plus vive lumière
sur les accrocs de notre enfance.
C.M. "Déchirances" 1999
Aux magiciens d'un soir Florence et Jeanine, Maurice et Charles
Somptueuses couleurs
dans la haute demeure.
Mystère trembloté
impalpaples reflets,
les heures sont masquées,
la soirée paillettée.
Somptueuse demeure
aux étranges couleurs.
La fête se déguise
et glisse vers Venise
sur une autre lagune
poudrée de vertes lunes.
C.M. " Etés filants "2007
Vadim Kozovoï
« Entre deux points de douleur, la poésie est la voie la plus courte. Courte tellement qu’à son coup solitaire tombe décapité le temps. »
Vadim Kozovoï
« Il n’y a qu’une langue vraie, celle de la poésie (on peut haïr ce mot, ça ne change rien) ; toute autre tentative de « s’exprimer » et de « communiquer » n’est qu’une, parmi bien d’autres, perte de temps, parmi bien d’autres »
Vadim Kozovoï, lettre à Maurice Blanchot, mars 1985, in Po&sie n° 112-113, p. 105.
Vadim Kozovoï (1937-1999), poète russe, a été un passeur de la poésie française dans son pays où il a traduit Nerval, Rimbaud, Mallarmé, Apollinaire, Valéry (dont il publie un ensemble de textes sur l’art), Henri Michaux, Julien Gracq, René Char, Francis Ponge, Michel Deguy, Maurice Blanchot. Arrêté en 1957 pour activités « contre-révolutionnaires et antisoviétiques », il passe six ans au goulag. Venu en France en 1981 avec son fils aîné, il s’y installe et vit grâce à des bourses et des travaux temporaires, avant d’être titularisé au Centre National de la Recherche Scientifique pour ses travaux sur Pasternak. Son épouse Irina Émélianova-Kozovoï et son second fils le rejoignent en 1985. Il est naturalisé français en 1987.
Extrait de " Dernière letrre "
Les écrits restent
Je t'aime
Je m'envole
à la poursuite de nos ombres
Adieu la minute précise
où mon amour est plus fort que la mort
( ... )
Il fait un temps de poème
Ta chair neige j'écris la neige
Parceque c'est beau parce que c'est vrai.
Quelques phrases de cette immense poète, ma soeur en absolu, en "déchirance", en impitoyable exigence vis à vis d'elle- même et des autres
" Je suis feu et roc. Le sec - tel est mon socle, toujours, en amour comme en aversion"
" Les paroles sur les poèmes ne sont d'aucun secours, l'essentiel ce sont les poèmes"
à Boris Pasternak : " Je n'aurais pas du tout voulu vivre avec toi, rien voulu de toi qui ne fût le dernier- toi !"
" Comment se peut-il qu'après un sentiment aussi miraculeux, les gens puissent supporter, chacun de la part de l'autre, du non miraculeux, du hors miracle ?...Ce sentiment condamne l'homme à la divinité."
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